Histoire du Château

Du château fort au palais renaissance

On prête aux fondateurs de Cénevières, la puissante famille des Seigneurs de Gourdon, deux alliances prestigieuses : les Ducs d’Aquitaine et les Comtes de Toulouse.

Pendant les neuf siècles d’occupation des Gourdon, ce château connut trois périodes bien distinctes pour finir par être un des plus beaux châteaux Renaissance de la vallée du Lot.

Moyen âge et guerre de 100 ans

La grotte originelle fut protégée à  partir de XIe siècle de remparts, puis au XIIIe s fut érigé le donjon de 7 niveaux avec oubliettes, séparé du grand corps de logement que l’on peut encore admirer. 

Pendant la guerre de 100 ans entre 1360 et 1453 , le Quercy a été ravagé par les conflits inter-seigneuriaux en l’absence de pouvoir central et bien sûr par les Anglais sous les ordres du célèbre Prince Noir.

Après avoir résisté hardiment, Jean de GOURDON passa pour un temps au service du Roi d’Angleterre Richard II. Son fils n’ayant pas eu d’enfants, Les Lettres de Cénevières échurent à son neveu Jean III de Penne qui prit alors le nom de PENNE-GOURDON-GAIFFIER-CENEVIERES.

Les Guerres d’Italie

En 1524, Flottard de GOURDON, Seigneur de Cénevières fut nommé capitaine de 200 chevaux légers : il participa aux batailles de Ravennes (1512), Marignan (1515), Cérizolles (1544) et Pavie (1525), où François Ier fut fait prisonnier par l’empereur Charles-Quint.  Il combattit sous les ordres du maréchal de BRISSAC et de celui de son parent et ami, le fameux Galiot de GENOUILLAC, Grand Maître d’artillerie de François 1er, créateur du beau château d’Assier en Quercy.

En 1531 ; Flottard épouse Marguerite de CARDAILLAC, baronne de Saint-Cirq, femme très cultivée et distinguée qui créa une cour d’intellectuels Quercynois autour des poètes Clément MAROT, Hugues SALEL et Olivier de MAGNY. Le Quercy participait ainsi modestement à l’émancipation des idées humanistes dans l’esprit du cercle des grands écrivains qui formaient la PLEIADE.

La Renaissance et les guerres de religion

De retour des Guerres d’Italie, Flottard et son épouse, puis leur fils Antoine qui succéda en 1561,  remanièrent entièrement Cénevières et le transformèrent en demeure somptueuse. Ils construisirent le bâtiment central dans la deuxième moitié du XVIe siècle avec galerie à 9 colonnes de style toscan, plafond peint décoré de tulipes, fresques représentant plusieurs vues de Constantinople (aujourd’hui Istanbul), salle d’alchimie décorée de fresques, création de grandes fenêtres sculptées.

Antoine de Gourdon fut fait chevalier de l’ordre du Roi, Conseiller d’Etat, Capitaine de 50 hommes d’armes par Charles IX, puis Marquis de Cénevières en 1612 par décret de Louis XIII.

Sur les instances de Jeanne d’ALBRET, la mère d’HENRI IV, les GOURDON épousèrent très tôt la cause calviniste et rejoignirent le clan des HUGUENOTS avec les CARDAILLAC. Ils participèrent au massacre de la Saint Barthélémy en 1572. Le grand théologien protestant Théodore de BEZE vint à Cénevières en 1563, de même qu’Henri de NAVARRE, le futur Henri IV, venu préparer son premier fait d’armes avec la prise de Cahors en 1580. Antoine de GOURDON en fut nommé gouverneur. Constant dans sa nouvelle foi protestante (illustrée par le temple  qui se trouve encore aujourd’hui dans l’enceinte du château), il n’en resta pas moins fidèle à la royauté catholique. Avec lui s’éteignit la puissante famille de GOURDON CENEVIERES car il n’eut pas d’enfants de ses 3 épouses successives.

La famille La Tour du Pin Gouvernet

Isabeau d’ASTORG de MONTBARTIER, veuve d’Antoine de GOURDON épousa en 1617, Charles de La Tour du Pin, marquis de Gourvernet.

Parmi ses descendants, Jean Frédéric de La TOUR du PIN fut choisi par Louis XVI comme ministre de la guerre en 1789. Il périt sur l’échafaud pour avoir témoigné en faveur de Marie-Antoinette lors de son procès en 1794. Quelques mois auparavant, il avait vendu le château en 1793 pour la somme de 524.000 livres, à Monsieur Louis NAURISSART, directeur de la monnaie à Limoges et député du Tiers Etat. C’est la seule vente du château depuis l’origine.

Pendant la Terreur, les habitants des villages voisins vinrent piller le château sans le détruire entièrement grâce à la sagacité du gardien qui dirigea les pillards vers la cave à vins….

Les familles NAURISSART/LE SAGE/de COMBAREL/de BRAQUILANGES

Louis Naurissart meurt sans enfants en 1809. La propriété revient en héritage au neveu de sa femme, Jean Mortimer LE SAGE. C’est son fils Charles, ingénieur et Maire de Limoges (second empire) qui l’embellit, le restaura et en fit une exploitation agricole. 

Après-lui, le Comte et la Comtesse de COMBAREL du GIBANEL  en héritèrent et poursuivirent l’entretien.

C’est leur fille Germaine de COMBAREL qui hérite du château. Née en 1897 , elle avait épousé en 1919 Monsieur Max de BRAQUILANGES.

Femme très active qui s’était occupée personnellement de la préparation et du montage du dossier du classement du château de Cénevières en Monument Historique dès 1942, lequel n’a été effectif qu’en décembre 1957.

En effet, il y avait de nombreux travaux sur les bâtiments du château à prévoir (toitures, huisseries, plomberie, électricité, réfection des murs etc…) et certains devenaient urgents ! 

Aristocrate née à la fin du XIXème siècle, elle avait eu alors la lucidité d’ouvrir le château au public, en organisant des visites guidées, sachant que pour garder cette grande maison, il lui faudrait des revenus supplémentaires aux siens, qui viennent renforcer les subventions de l’Etat, (subventions devenues possibles grâce au classement du château.)

Son fils aîné, Guy de BRAQUILANGES qui a épousé Marie-Josephe de Marin de Carranrais en 1947, a fait réaliser de nombreux travaux pendant plus de soixante ans de 1960 jusqu’à son décès en 2021. Pour financer ces nombreuses réalisations il a développé l’accueil du château avec son épouse et a fortement développé la fréquentation pour arriver à dépasser les 14 000 visiteurs par saison touristique.

Aujourd’hui les héritiers de cette grande maison sont les trois fils de Mr et Mme Guy de Braquilanges, Patrick, Olivier et Marc et leurs épouses respectives Patricia, Isabelle et Laurence. Ils représentent la 7ème génération et ont en charge la gestion et l’exploitation du château depuis 1995.

Ils poursuivent avec leurs enfants et petits-enfants l’entretien du site, l’organisation de l’accueil des visiteurs et des différents évènements.

Maintenir cette grande et passionnante maison de famille : tel est l’objectif commun

Architecture

Depuis le XIIIe s, le château a subit de nombreuses évolutions et transformations principalement après la Renaissance. Garnison militaire au départ, le château fort a été par la suite transformé en palais.

Maison alchimique à la fin du XVIe s et au XVIIe s, de nombreux éléments de décoration intérieure et extérieure demeurent :

Les armoiries au centre d’un œuf – Symbole du vase (athanor) dans lequel s’opère la transmutation. L’œuf est aussi symbole de vie.
On retrouve ces torchères aux dessus de beaucoup de fenêtres de la maison. Elles incarnent les trois « feux » de la Philosophie :
  • Le « feu naturel » ou souffre vital de la matière
  • Le « feu innaturel »agent sain ou « feu secret »
  • Le « feu cintre nature » ou feu vulgaire du fourneau
La grande cheminée « Renaissance » qui figure sur le toit du Grand-Salon n’est pas non plus sans évoquer le mystérieux « Athanor » que chaque alchimiste se devait de construire lui-même.
Autre élément architectural particulier avec la galerie Renaissance de style Toscan 
Chute de Phaëton